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Epaminondas
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Monsieur Bilger, je suis perplexe. A voir avec quelle légèreté vous dédouanez le président Sarkozy de tout populisme, j’hésite entre la fatigue, la paresse ou la complaisance. J’opterai pour la fatigue, les deux autres options me paraissent inconcevables, tant elles sont à mille lieues de ce que vous professez à longueur de billets.
"Critiques, vous êtes des veaux !"
Le volontarisme affiché, revendiqué lors de la campagne de 2007 se révèle être une agitation, une fuite en avant permanente. On a vu avec l’exemple de Pôle Emploi où nous mènent les changements mal ficelés, privilégiant le vernis à la substance… à la place d’une efficacité accrue, d’une simplification avérée pour l’usager, nous avons eu une monumentale pagaille, qu’il a fallu rattraper avec un bataillon de précaires ! Le candidat de 2007 avait promis que les services publics seraient remis en état de marche, que plus un bouton de guêtre ne serait gaspillé… et on se retrouve à l’arrivée avec l’armée Bourbaki ! A tel point que de nombreux français se demandent quelle est la stratégie à long terme : fragiliser les services publics, afin d’achever de les convaincre qu’il n’y a vraiment rien de bon à tirer de ce ramassis de sangsues que sont les fonctionnaires ? Est-ce ainsi qu’on veut amener l’opinion publique à se prononcer pour plus de privatisations ? Quand à dissimuler les coutures des changements retenus, je ne peux qu’exprimer mon désaccord. Un des meilleurs exemples vient de l’administration pénitentiaire. De nombreux « changements », tous intervenus très discrètement, ne consistent en fait qu’en une série de transferts de compétence publique vers des entreprises privées, sous couvert d’un meilleur fonctionnement pour un meilleur coût. On se demande encore qui osera enfin parler en détails de ce démantèlement, où l’on n’a conservé que les fonctions régaliennes, pour déléguer tout le reste à une poignée d’entreprises privées, lesquelles ne prennent même plus la peine de cacher leurs liens d’amitié avec les cercles du pouvoir ? L’écart permanent qui s’est installé entre les imprécations du président et les faits au quotidien on achevé de convaincre nombre de français que le chef de l’Etat n’avait pas la volonté, ou pas le pouvoir, de « dessiner une politique publique durable, efficace et juste ». Autant d’éléments qui n’ont servi qu’à paver la voie qu’emprunte maintenant Marine Le Pen avec gourmandise, lorsqu’elle investit tous les champs laissés en friche par le pouvoir pour faire les yeux doux au corps préfectoral, par exemple. D’errements en renoncements, de contradictions en revirements, le président de la République n’a fait que remplir le jerrycan du FN qu’il avait réussi à siphonner en 2007.
« Il y a eu le débat organisé par l'UMP sur l'islam et la laïcité. Sur tout ce qui dans la religion musulmane en particulier pouvait apparaître difficilement compatible avec notre espace républicain et notre vie sociale. » On ne saurait mieux résumer ce à quoi tenait le débat organisé par l’UMP. Comme de nombreux spectateurs, vous avez rectifié de vous-même l’intitulé frileux que le parti de la majorité avait choisi. Quand on n’a pas le courage de ses convictions, ou des idées reçues qui en tiennent lieu... Il ne s’agissait pas de laïcité, mais de la place à donner à une certaine représentation que certains se font de l’islam en France, et de sa compatibilité avec les principes de laïcité, auxquels tous les participants de ce pseudo-débat se disent attachés, cela va de soi. « Certes il ne s'agissait pas de stigmatiser "la communauté arabo-musulmane" mais il n'empêche que cette dernière s'est sentie clairement visée et l'a fait savoir. » Quelle méprise ! Les bras m'en tombent ! Alors comme ça, il ne s’agissait pas de pointer du doigt une communauté en contribuant à entretenir la confusion entre la poignée d’individus minoritaires adoptant un comportement provocateur, et la vaste majorité silencieuse et respectueuse des lois républicaines ? Nous avons été bien nombreux à nous égarer. Il suffit de faire un détour par le site Internet de l’UMP pour savoir de quoi il retourne : http://www.lemouvementpopulaire.fr/actualites/La-laicite-un-bien-qui-se-partage-9700.html Pour la bonne bouche, un morceau de choix : "c’est aux religions de s’adapter à la laïcité et non la laïcité de s’adapter aux religions , précise le député Jacques Myard qui invite les Français à ne pas se départir de ce principe." Avant d’inviter l’ensemble de ses concitoyens à ne pas oublier ce principe de base, nous pouvons l'inviter à demander au président de la République qu’il le respecte et l’applique.
« Il se revendiquait catholique, une parfaite image du ringard, non ? » Non, monsieur. Il n’y a rien de ringard à ouvrir son cœur au message du Christ. J’ai toujours été profondément admiratif, secrètement envieux, de ceux qui ont osé accueillir ce message d’amour. Cette tranquillité simple, qui souvent accompagne ceux qui ont accepté d’aimer et d’être aimé. Plus jeune, je suis un jour tombé sur ces lignes : « Le prêtre, après avoir fait un signe de croix sur le missel, s’était signé lui-même au front, pour dire qu’il ne rougirait jamais de la parole divine ; sur la bouche, pour montrer qu’il était toujours prêt à confesser sa foi ; sur son cœur, pour indiquer que son cœur appartenait à Dieu seul. » C’est au tout début de « la faute de l’abbé Mouret » d’Emile Zola. Ce passage ne m’a jamais quitté depuis. De tout cœur avec vous.
On ne compte plus les épigones d'Hanns Johst, auteur du tristement célèbre «Quand j'entends le mot "culture", je défais le cran de sûreté de mon browning» (Wenn ich Kultur höre, entsichere ich meinen Borwning). La pantalonnade de "La Princesse de Clèves" à laquelle s'est livrée monsieur Sarkozy a dû finir de convaincre ceux qui croient en une victoire posthume de la position du dramaturge allemand. Nous avons perdu depuis longtemps le goût de l'éloquence, et depuis encore plus longtemps celui de l'éloquence sacrée. Prenons tout de même la peine de recommander à monsieur Sarkozy la lecture de Bossuet, avec pour mise en bouche ce petit rappel concernant son intervention nantaise : "Dieu rit des hommes qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes." Bien le bonsoir.
La république apaisée que monsieur Bilger appelle de ses voeux s'éloigne plus encore avec cette annonce d'arrangement entre amis. Si vraiment la chose a été discutée entre messieurs Chirac et Sarkozy, alors ce dernier ne fait que confirmer qu'il a tout du chef de bande et bien peu du chef d'Etat, comme si, par défi peut-être, il souhaitait coller au plus près au personnage de "voyou" que certains on reconnu. Les sommes que l'UMP consent à verser à la mairie de Paris devraient être identifiables euro par euro, afin que le contribuable français ne soit pas le dindon de cette triste bouffonnerie, et ne vienne pas de ses propres deniers indemniser le contribuable parisien. Le parti de la majorité présidentielle consentira-t-il à pareil effort ? J'en doute. Qu'attendre en effet d'une structure qui s'affiche comme le "parti frère" du Parti Communiste chinois ? Qu'espérer d'une organisation politique tenant plus du chenil que d'autre chose, où chacun essaie de se faire la voix de son maître, où l'on rivalise d'ingéniosité pour porter la laisse avec le plus d'ostentation possible ?
Monsieur Bilger, Je ne suis pas inquiet en ce qui concerne les défauts de madame Joly : elle est tout aussi humaine que vous et moi, elle a donc son lot d’imperfections. Ne faisons pas semblant de prêter une attention trop grande à tous ceux qui se retrouvent pris de diarrhée hagiographique, comme c’est le cas chaque fois qu’un frémissement se produit à la surface des eaux de cette mare, dès lors qu’une nouvelle grenouille pointe le bout du museau. Peut-être notre princesse, notre bonne fée, se cache-t-elle sous ses traits ? Pour ma part, je n’ai aucune envie de voir notre pays converti au rigorisme nordique ou anglo-saxon. Et je n’ai aucune crainte à ce sujet : seuls ceux qui recherchent le frisson fade et facile peuvent se laisser aller à imaginer une France subitement convertie à la mode puritaine façon Etats-Unis par exemple, où un Jacques Chirac devrait publiquement battre sa coulpe de monsieur « trois minutes, douche comprise ». Dieu (ou diable !) merci, le fond Gaulois grivois et Latin querelleur de notre vieille nation est suffisamment fort pour nous préserver de ces funestes métamorphoses. Je ne pense pas que la greffe d’une certaine rigueur franco-norvégienne concernant les affaires de notre république produirait un phénomène de rejet massif. Et je me félicite de l’irruption de madame Joly au sein de ce créneau. Se pourrait-il que nous puissions y prendre goût ? Et pourquoi pas ? Quand aux allusions insultantes relatives à la nationalité de madame Joly, je les laisse aux goujats de service. Je la considère comme elle doit l’être : Française à part entière. Que nos inquisiteurs de pacotille fassent donc la tournée des exilés fiscaux de Suisse et d’ailleurs, artistes et autres, s’ils tiennent tant à recenser ceux de nos concitoyens qui vivent leur appartenance au corps de la nation comme un exercice de gymnastique.
Monsieur Bilger, Je trouve regrettable que vous repreniez presque mot pour mot la position du chef du gouvernement au sujet de l’accompagnement des toxicomanes, car dans le fond c’est bien de cela qu’il s’agit. Que monsieur Fillon réagisse de la sorte est compréhensible, même si c’est là un raisonnement paresseux. Avec un chef de l’Etat dans la tourmente, une réalité qui a l’audace de ne pas se plier à ses injonctions, un ministre en charge du dossier des retraites qui n’en finit plus de déballer sa panoplie de casseroles, il est vital pour le Premier ministre de monter au front, et de se positionner de manière à accentuer un clivage qui par nature renforce son camp. Comment ne pas déplorer la part faite, dans ce type d’attitude, au renoncement, à l’abandon à la dictature de l’air du temps, là où nous avons plus que jamais besoin d’hommes et de femmes incarnant ce renouveau politique qui nous avait tant été vanté en 2007 ? Se positionner comme l’a fait monsieur Fillon, c’est fermer la porte à tout débat, à toute discussion, à tout examen d’un sujet sensible, concernant la santé d’une catégorie de Français en détresse. Quelle tristesse de voir un haut responsable politique nous offrir le spectacle d’une équipe gérant la situation à la manière d’un staff d’émission de télé-réalité : on se demande quels sont les chiffres de l’Audimat, avant d’écrire les prochains épisodes de la série. Au lieu de fixer le cap, on mouille son doigt pour savoir d’où vient le vent. On se préoccupe plus de ceux des Français susceptibles de renouveler votre mandat, au lieu de prendre à bras-le-corps les problèmes de citoyens peut-être les moins enclins à manifester une certaine reconnaissance, fût-elle celle du ventre. On ne représente plus l’ensemble de ses concitoyens, mais juste une partie de son électorat. Vous vous félicitez de ce que notre Premier ministre ait « surtout mis l’accent sur le fait que le but d’un gouvernement était de combattre l’insécurité, de s’attaquer aux effets dévastateurs de la drogue et non de gérer officiellement celle-ci ». En quoi le fait d’accompagner ceux des toxicomanes les plus atteints est-il incompatible avec une fermeté sans faille dans la lutte contre le trafic de drogue ? Comment ne pas voir qu’une telle attitude enferme dans le même sac le délinquant et ses victimes ? Accompagner les victimes n’est jamais aveu de faiblesse envers leurs agresseurs, pour peu que le secours porté aux victimes ne constitue pas la seule façon de lutter contre le mal. Abandonnons donc ces toxicomanes à leur clandestinité, et entérinons leur situation de retrait du corps de la nation. Prenons garde de ne pas nous laisser entraîner, par un effet de cette même paresse, à abandonner à leur sort d’autres victimes d’autres fléaux.
Confondre l’attaque de l’homme avec le combat des idées ? C’est justement le terrain sur lequel monsieur Sarkozy se place régulièrement, chaque fois qu’il fait face à une difficulté, pensant ainsi réussir à désarmer toute critique avant même qu’elle ne soit formulée… Je suis tenté de vous suivre dans votre développement, mais voyez-vous, les temps ont changé, et aucun retrait sur l’Aventin ne nous apporterait quoi que ce soit.
Toggle Commented Aug 12, 2010 on Voyous à tort et à travers at Justice au Singulier
Monsieur Bilger, Vous regrettez le qualificatif de « voyou de la république » appliqué à monsieur Sarkozy, faisant allusion à la couverture de l’hebdomadaire « Marianne ». Ce dont je prends acte, c’est que, le concernant, on appelle un chat un chat. Ce que je regrette, depuis que monsieur Sarkozy nous a indiqué vouloir briguer la présidence de la république, c’est un comportement aux antipodes des vertus qu’il a sans cesse professées. Comme ministre, il a continuellement foulé aux pieds, avec calcul, la solidarité gouvernementale qu’il a ensuite exigée de la part de son équipe. Comme président, il a instauré un style qui perdure jusqu’à ce jour, et qui tient plus du chef de bande que du chef d’Etat. La soirée au Fouquet’s, le soir même de son élection, la constitution de ce « premier cercle » des généreux (et fortunés) donateurs de l’UMP – auxquels il semble que l’administration fiscale fasse certaines facilités – la pléthore de conseillers et autres officines dont il s’est entouré, et dont nous voyons chaque jour qu’ils sont les réels acteurs de l’exécutif, confirmant l’image d’un gouvernement réduit au rôle de caisse de résonnance. Si nous avons fait connaissance avec messieurs Buisson, Ouart, Guéant, Guaino, Levitte… nous sommes fondés à nous demander combien il nous en reste à découvrir, œuvrant à l’abri de tout contrôle parlementaire Et maintenant, 2012 arrivant à grandes enjambées, voilà qu’on nous repasse les plats réchauffés du menu « sécurité » lui ayant permis de se faire élire en 2007. Reconnaissons à la décharge du président qu’il a su s’entourer d’une équipe de communicants experts en montage de coups médiatiques. Un discours de Grenoble ciselé, préparé si l’on en croit Rue89 sans qu’aucun des ministres concernés ne soit informé (confirmant, si besoin était, que le dégraissage des ministères, annoncé avec tout le tralala que l’on sait, ne servait qu’à calmer la populace, et n’était qu’un os qu’on lui donnait à ronger, puisque le gouvernement gouverne de moins en moins, et que les conseillers officiels et officieux sont ceux qui sont à la manœuvre, travaillant et appliquant la politique du Château), et un sondage en suivant, aux petits oignons, servi par Le Figaro « canal habituel ». Nombreux sont ceux qui ont reconnu au président de la république le droit d’appeler un chat un chat, et un voyou un voyou. Mais pourquoi diable ceux qui disent s’opposer à ses méthodes de gouvernement se priveraient-ils de la même liberté de langage, surtout si elle s’applique à nommer pertinemment la réalité de la situation ? Je suis d’accord avec vous, il est plus que probable que celles des annonces les plus décriées, parce que les plus grossières, « seront battues en brèche juridiquement et constitutionnellement ». Pour autant, je ne pense pas qu’il faille s’interdire de nommer les choses, qu’il faille se trouver des pudeurs de vierge effarouchée. Renoncer à nommer les choses, avec quelqu’un de l’acabit de notre président, reviendrait à lui signifier qu’il a désormais conquis cet espace, qu’il a le champ et les mains libres. La tentation de l’état-UMP est par trop présente à l’Elysée, pour que ceux qui murmurent contre ce type de méthodes, plus apparentées à celles d’un chef de bande qu’à celles d’un chef d’Etat, fassent assaut de dentelles et autres fanfreluches stylistiques lorsqu’il s’agit de dénoncer certaines dérives. L’esprit de monsieur Rocard vous semble battre la campagne, et cela vous inquiète. Mais, si comme il l’affirme concernant certaines des propositions de monsieur Sarkozy, « On n’avait pas vu ça depuis Vichy », et si cela est vrai, alors c’est le porteur de la mauvaise nouvelle qu’on dénigre, et non pas l’inconscient qui joue avec les allumettes.
Toggle Commented Aug 8, 2010 on Halte au Rocard ! at Justice au Singulier
Monsieur Bilger, Je ne sais pas si j’ai compris correctement les éléments motivant la décision des « sages », mais il me semble que ce qui a été pointé du doigt c’est le déséquilibre entre les pouvoirs de la police et les droits de la personne gardée à vue (résultant du millefeuille législatif mis en place depuis des années), plus que la garde à vue elle-même. D’autres points, loin d’êtres négligeables, sont aussi relevés, tels que la forte augmentation du nombre d’officiers de police judiciaire ainsi qu’une restriction significative des critères retenus pour se voir attribuer cette qualité. Je partage votre avis quant à « l’importance considérable » de cette procédure, et j’adhère à la décision du Conseil Constitutionnel. Le nombre trop important de gardes à vue n’ayant rien à voir avec les nécessités de l’enquête installe un climat de doute, se suspicion, là où le citoyen doit pouvoir garder toute confiance dans les forces de police et de gendarmerie. Il est normal et même salutaire qu’une telle dérive soit pointée car entre autres effets pervers, elle ouvre un boulevard à nombre d’officines opportunistes toujours promptes à exploiter ce type de sentiments diffus, et qui ne font que le renforcer en proposant par exemple des stages où l’on se fait cornaquer en vue d’une plus que probable garde à vue, selon que l’on soit cadre supérieur ou chef d’entreprise. Cette décision des « sages » signifie-t-elle que, comme le suggère le titre de votre billet, le Conseil Constitutionnel s’élève contre le président ? Je ne le pense pas. Les désormais incontournables grandes bouches de la majorité, poussant leurs habituels cris d’orfraie, ne peuvent réussir à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il ne s’agit nullement d’une instrumentalisation de cette institution à des fins d’opposition politicienne, inutile d’y voir la main de monsieur Debré, réglant au passage quelque vieille querelle. Jusqu’ici, monsieur Sarkozy et son équipe n’ont pu s’en prendre qu’à eux-mêmes pour chaque intervention du Conseil Constitutionnel. Celui-ci n’a fait que souligner le caractère bâclé et mal fichu des textes de lois retoqués. On retrouve, à mon sens, dans cette croissance exponentielle du recours à la garde à vue, un des effets pervers d’une culture du seul résultat imposée sans discernement. Un des dommages collatéraux étant le glissement vers une multiplication des situations où « La conciliation entre, d'une part, la prévention des atteintes à l'ordre public et la recherche des auteurs d'infractions et, d'autre part, l'exercice des libertés constitutionnellement garanties ne peut plus être regardée comme équilibrée ». Le président de la République fait preuve d’un discours à nouveau très musclé à l’endroit des malfrats et autres caïds. Très bien. Souhaitons-lui de garder à l’esprit qu’il participe du pouvoir exécutif dans notre système, pas du pouvoir législatif. A cet égard, il serait bon qu’il fasse preuve de discernement dans ses déclarations, sous peine de voir de futurs textes de lois qui en découleraient retouchés par les mêmes « sages » parce que toujours bâclés et mal ficelés, parce que ne répondant qu’à une exigence électoraliste, et non à une réelle volonté de réforme.
Monsieur Bilger, L’imposture de l’actuel président réside aussi dans le décalage entre les mots et les faits. Si nous ne devions nous étrangler qu’à l’écoute de la banalisation de la charge qui est la sienne… mais non, il nous faut boire le calice jusqu’à la lie. « Votre métier est dur, le mien aussi. Mais je le fais ! » C’est la fin de l’assertion qui renforce le malaise. Où donc notre président a-t-il vu qu’il « faisait le travail » ? Il n’y a guère que dans les discours que lui écrivent ses plumes que le « travail » est accompli. La réalité apporte chaque jour son lot de démentis, et les faits sont têtus. La profusion des affirmations présidentielles récrivant la réalité, superposant le rêvé au réel, sont autant de signes, autant d’indications. Cela va bientôt faire dix ans que ce personnage se livre à sa marotte, qu’il trame, qu’il ourdit pour combattre l’insécurité, la criminalité, les incivilités… pour quel résultat ! Et nous, ignorants que nous sommes, masse d’anonymes ternes et envieux, nous ne comprenons rien, nous continuons à demander des comptes, nous tenons à juger sur pièces. Qu’à cela ne tienne ! Il suffit de désigner ses prédécesseurs et de les accuser de tous les maux. La gabegie, la violence partout ? Les Socialistes ! La difficulté de réformer ? La faute à ses prédécesseurs, qui ont été autant de « rois fainéants », plus attachés à durer qu’à faire, laissant à notre héros une charge si lourde. Je réussis, ils échouent… et si je tarde à réussir (car je n’échoue ni ne me trompe jamais), c’est soit la faute à la bande d’incapables qui m’entourent (et non dont je me suis entouré), soit la faute aux générations de cossards qui, avant mon avènement, n’ont pensé qu’à la gaudriole, au lieu de travailler. Notre président, par son incapacité à apprendre de ses erreurs passées, ressemble de plus en plus au portrait que Swann fait d'Odette de Crécy : "Tu es une eau informe qui coule selon la pente qu'on lui offre, un poisson sans mémoire et sans réflexion qui, tant qu'il vivra dans son aquarium, se heurtera cent fois par jour contre le vitrage qu'il continuera à prendre pour de l'eau."
Terzieff disparu... Adieu alors à ces moments intemporels. Ce soir il y avait Daniel Mesguich sur France Inter pour lire Borgès... un petit moment intemporel pour se consoler.
Monsieur Bilger, S’il est inacceptable de voir une antenne publique confisquée au nom d’intérêts partisans, que penser de la mainmise grandissante de Philippe Val sur France Inter ? Ce garçon ne cesse de m’inquiéter. Voilà des années que nous voyons ce Machiavel des Prisunic se boursouffler. Pour ceux d’entre nous qui ont encore un peu de mémoire, le pseudo-débat contradictoire qui fût organisé entre lui et un Jean-Marie Messier au faîte de sa gloriole avait jeté une lumière crue sur une ambition effarante. Qui des deux a emmené l’autre avec lui dans ses bagages à Radio France, Jean-Luc Hees ou Philippe Val ? Lecteur de Charlie Hebdo, j’ai assisté à la mise en coupe réglée de l’hebdomadaire par monsieur Val. Quelques courageux collaborateurs avaient alors brisé l’omerta, révélant une ambiance en rédaction tout aussi guillerette que celle des couloirs de la Loubianka… La pantomime ayant présidé à l’éviction de Didier Porte n’a trompé personne au sein du personnel de France Inter : du grand Philippe Val, en pleine imitation du Génie des Carpathes, du Danube de la pensée. Je conçois que sa jalousie face au talent du chroniqueur remercié puisse engendrer de l’amertume, mais tant d’aigreur fait froid dans le dos ! Afin de mieux cerner Didier Porte, je vous recommande la lecture d’un de ses opuscules : « les pipoles à la porte », publié aux éditions La Découverte, en collaboration avec… France Inter. Pour la modique somme de quatorze euros, il vous sera permis de constater que la grande majorité des écrits de monsieur Porte contiennent un esprit et un vocabulaire autrement plus riches que ceux que la caricature véhiculée par tous les paresseux de service s’est complu à dépeindre. Bien cordialement.
Toggle Commented Jun 28, 2010 on Et si Hees était un as ? at Justice au Singulier
@ Olympe Les Savonaroles seront toujours présents, comme les profiteurs, car tous deux sont des manifestations de la nature humaine. Il n’y a pas lieu, à mon sens, de confondre le désir d’une plus grande transparence en matière de gestion et/ou d’utilisation des deniers publics avec une exigence de totale transparence, comme dans la cité utopique. Ce qui suscite cette aspiration à plus de clarté c’est l’écart entre les promesses, faites à grands renforts de discours pompeux - relatives à la restauration de valeurs telles que la droiture, l’équité, l’exemplarité - et la réalité des actes et des faits, où se succèdent les renoncements, revirements et autres trahisons. La saine indignation qui en résulte est l’expression de ces vraies gens qui ne font que prendre leurs élus au mot, ne leur disant rien d’autre que « chiche ! ». En fait, il ne s’agit pas de métamorphoser les gaulois rebelles, les latins gouailleurs et querelleurs que nous demeurons au fond, en scandinaves austères… juste, peut-être, s’inspirer de certaines des chicanes dont nos voisins du nord ont balisé le parcours de tous ceux qui ont charge publique, en les obligeant à rendre compte de ce dont ils ne sont que dépositaires. Ce qui me fait froid dans le dos, en matière de transparence, ce n’est pas tant une prétendue montée en puissance de la presse, devenant à son tour un pouvoir non contrôlable. C’est plutôt la généralisation des caméras de surveillance dans les résidences, sur lesquelles on peut zapper depuis son salon : on a dans son poste de télévision les allées et venues de ses voisins, des petits bouts de vraie intimité accessibles à tous, sous couvert de sécurité. Voilà la vraie tyrannie, le voilà le vrai excès de transparence, la voilà la vraie dérive, la voilà la vraie menace.
Toggle Commented Jun 14, 2010 on Le salaire du renvoi at Justice au Singulier
Monsieur Bilger, Nous sommes encore loin de la république apaisée dont vous nous parlez. Ce triste épisode nous indique une fois de plus que le leadership par l’exemple ne fait plus partie de la panoplie de notre classe politique. Si on met en parallèle les déboires de madame Boutin avec les propos de monsieur Chatel, qui estime qu’il ne faut surtout pas toucher au salaire des ministres, même pas symboliquement, on ne peut alors reprocher au citoyen lambda certains raccourcis faciles. Tout ceci nous ramène au jeu du « pile je gagne, face tu perds », sauf qu’il est question ici de milliers d’euros, quand la masse des trimards fait face au spectre du chômage. Le président de la république avait suscité un espoir sincère chez de nombreux français en 2007, avec ses discours empreints de volontarisme lorsqu’était abordée la question de la restauration des valeurs républicaines de respect, d’équité, de droiture. Pareille revalorisation devait s’appliquer à la valeur travail. Force est de constater que de telles pantalonnades sapent les fondements de ce type de discours, et seront sûrement à l’origine d’une méfiance profonde et durable chez nos concitoyens. Autant le verbe pré électoral était porteur d’espoir en 2007, autant les exemples de mépris, de gabegie qui se sont multipliés depuis ont dégradé cette parole, pour longtemps je le crains. Cette pratique constante, systématique, du grand écart entre principes affichés, proclamés, et actes se situant aux antipodes, produit un écœurement, une nausée qui risque d’amener de nombreux électeurs à se boucher les oreilles lors des prochains grands rendez-vous.
Toggle Commented Jun 13, 2010 on Le salaire du renvoi at Justice au Singulier
Je suis d’accord avec l’idée que « la démocratie est autant concernée par ces petits détails du quotidien que par les grands enjeux ». Nous avons depuis de nombreuses semaines une actualité tournant autour de ces règles du « vivre ensemble », que ces femmes musulmanes portant le voile intégral questionnent. Tout le monde s’accorde à dire que ces règles du « vivre ensemble » constituent un socle non négociable. Pourtant, par un étrange tour de passe-passe, les propos du ministre Hortefeux échapperaient au périmètre de ces mêmes règles ! On nous ressert ici un grand classique des cours d’école, le fameux « ah, mais là c’est pas pareil ! ». Les enfants nous en abreuvent à longueur de journée… autant de tentatives de contourner les règles communes. Sauf qu’en l’espèce, nous n’avons pas affaire à un gamin de huit ans, mais à un ministre de la République. Le propos est condamnable, tout comme aurait du l’être celui tenu par Jacques Chirac à Bordeaux, lors d’une visite faite à Alain Juppé. On veut nous faire croire à une blague entre amis : depuis quand le ministre et l’individu ainsi moqué se connaissent-ils ? On essaie ensuite de botter en touche, en prétendant que le propos visait les auvergnats… il n’est pas acceptable de considérer cet ensemble de règles et lois comme un lot en promotion, exposé en tête de gondole d’un grand magasin : on ne se sert pas en ne prenant que ce qui nous intéresse, selon l’humeur du moment. A quoi bon faire des lois, si dès lors qu’on appartient au sérail, on se considère comme affranchi de ces obligations ?
Toggle Commented Jun 6, 2010 on Suis-je "vieux jeu" ? at Justice au Singulier
Monsieur Bilger, si je partage le principe sur lequel est assise votre démonstration, je me dois de vous apporter une précision. A votre connaissance, monsieur de Villiers n'a jamais exploité les malheurs de quiconque, à la recherche d'effets faciles permettant de mettre les rieurs de son côté. Une recherche rapide sur Internet vous donnera accès à son discours au cours duquel il moque les ennuis de monsieur Broloo avec l'alcool. Le discours en question date de l'époque (pas si éloignée) où l’on réfléchissait à l'instauration de ce qu'on avait par la suite nommé "taxe pique-nique". La blague de monsieur de Villiers était facile, blessante, gratuite : empreinte de la même inélégance que celle dont il a été la victime. Ceci excuse-t-il le dérapage de François Morel ? Non. Pas plus que ça ne valide ce type de pseudo-humour (je reconnais un certain talent à François Morel, qui ne doit pas tout excuser ni autoriser). Pour autant, monsieur de Villiers n’est pas la blanche biche décrite dans votre billet : il a lui aussi ces travers détestables.
Monsieur Bilger, c’est encore une fois un des principaux travers de l’actuelle majorité que vous pointez du doigt. Il est en effet consternant de voir tout ce qu’une équipe dirigeante se réclamant du libéralisme capitaliste emprunte au défunt régime soviétique. La tentation de l’état-UMP est toujours là, comme pour singer ce qu’était le Parti Communiste à l’URSS.
Revoilà le petit courant d’air salutaire… je viens d’ouvrir la croisée (en même temps que l’onglet du navigateur) et la petite brise agréable soulève le voilage. On chasse les excès du religieux partout, pour mieux en appeler au sacré… que celles qui désignent du doigt ces icônes commencent par s’inspirer de l’exemple qu’elles proposent. Nos ministres n’ont pas compris – ou pire, ne veulent pas comprendre – qu’ils sont en tête de l’entreprise de démolition du sacré. Ils en ont plein la bouche, prétendent travailler à sa réhabilitation : paroles vides, démentis des actes. On demande à d’autres de faire œuvre de leadership par l’exemple, tellement on en est démuni, tellement on semble l’abhorrer. Curieux comme cet assaut du sacré précède le grand retour de la vertu : on proclame maintenant qu’on va devenir vertueux dans le train de vie de l’Etat… après s’être goinfré avec volupté, et avoir régalé sa clientèle. Un chef de l’Etat qui va s’astreindre à la vertu, après s’être augmenté de 120 %. Des ministres qui vont se serrer la ceinture, après avoir commandé nombre jets privés pour on ne sait quelle futilité érigée en absolue nécessité. Ce sacré dont on se gargarise ne semble être là que pour tenter de faire oublier la disparition progressive de toute « common decency » chez nos gouvernants.
Toggle Commented May 7, 2010 on Ribéry plus at Justice au Singulier
Cher monsieur Bilger, Il sera intéressant de suivre l’assiduité de madame Chirac aux réunions pour lesquelles elle perçoit les jetons en question, puisque le montant de ceux-ci est en principe calculé en fonction de celle-là… Personnellement, l’épisode que j’attends avec impatience reste celui de la conversion de notre actuel président de la République. Quelle sera la suite qu’il donnera à sa carrière ? Je pense qu’il négociera le même virage que Tony Blair (pour lequel monsieur Sarkozy professe une grande admiration).
Toggle Commented Apr 17, 2010 on Les jetons de Bernadette at Justice au Singulier
La comparaison faite entre la parabole biblique bien connue de la femme adultère, et sa prétendue déclinaison contemporaine, fait l’impasse sur des informations de taille. Il est désormais établi que les agissements pédophiles de certains prêtres ont été accompagnés de cette manière-là, sans pour autant mettre fin à ces pratiques odieuses. Combien de prêtres ont été déplacés par leur hiérarchie à la suite de tels comportements ? Cela a-t-il pour autant permis aux fautifs de ne plus pécher ? Nous connaissons la réponse : c’est non. J’habitais la République d’Irlande au début des années 2000. Plusieurs quotidiens nationaux ont expliqué à leur lectorat que la Loi Canon ne devait en aucun cas se substituer aux lois civiles. La gestion de ce drame par l’Eglise Catholique irlandaise n’a pas aidé le moins du monde à la résolution de ce problème.
Toggle Commented Apr 11, 2010 on Le pape en boucle at Justice au Singulier
Ouf ! Une fenêtre ouverte, un salutaire courant d’air entre un instant, et rend légers corps et esprits. Voilà pourquoi je reste fidèle à ce blog, depuis que je l’ai découvert : pour son côté rafraîchissant. Merci monsieur Bilger d’avoir ouvert pour un instant la croisée… ce petit courant d’air nous a fait le plus grand bien. Cordialement. Epaminondas.
Cher Philippe, La confusion faite par le Premier ministre, en évoquant la mort d’un fonctionnaire de police victime d’une lâche agression, mais toujours en vie au moment de son allocution, relève moins à mes yeux de la simple maladresse que du mauvais calcul. Que venait faire ce malheureux fonctionnaire au beau milieu d’un discours clairement destiné à galvaniser (ou tenter de le faire) ce qui reste de fidèles à la majorité UMP pour ces élections régionales ? Le président de la République lui-même a insisté sur le caractère régional du scrutin en cours, ainsi que sur un impact limité à l’échelon régional. Pourquoi diable le Premier ministre, que nous avons connu mieux inspiré et surtout mieux informé, a-t-il enfourché une thématique nationale (celle de l’insécurité) pour se prendre les pieds dans le tapis ? Faut-il que le parti majoritaire soit aux abois pour recourir à de tels procédés. La réaction des syndicats de policiers, toute en nuance et en mesure, constitue un exemple de ce qu’aurait dû être le fond de l’évocation de ce drame par le Premier ministre : empreinte de droiture, et non pas de sensationnalisme.