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Claude Clément
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Bonjour à tous, Je m'étonne toujours de ces polémiques autour du monde de l'édition, qui ne refuse pas plus de candidatures de manuscrits que le monde de l'entreprise ne refuse de candidatures à des postes variés. Personnellement, j'ai écrit - et publié - une majorité de livres pour enfants et adolescents. Cela peut sembler "facile" et ça ne l'est pourtant pas. Mon parcours d'auteur a été simple mais a requis une certaine persévérance. J'ai écrit, pour commencer, deux romans pour adultes qui, avec le recul du temps, me paraissent aujourd'hui fort maladroits. Cependant, j'ai déniché, dans quelques lettres de refus, - celles qui n'étaient pas stéréotypées - des critiques constructives et certains commentaires encourageants, auxquels je me suis accrochée, afin de poursuivre mon cheminement d'auteur. J'ai TOUJOURS envoyé mes manuscrits par la poste et je les envoie encore ainsi aux maisons d'édition avec lesquelles je travaille - où mes textes doivent, de plus en plus souvent, convaincre de leur valeur de nouvelles directrices de collections - et à celles où je ne connais PERSONNE. Un jour, peu après mes débuts, j'ai reçu une réponse positive pour un recueil de contes. Écrire "pour les enfants" est un acte à la fois empli de contraintes éditoriales et de liberté créatrice. Confortée dans mon désir d'écrire et de publier afin de partager les fruits de mon imaginaire, je n'ai cessé de travailler, en tenant compte de ce regard extérieur et professionnel qui est le propre des "bons" éditeurs. J'ai BEAUCOUP appris au fil de leurs remarques. Ils ne m'ont pas brimée, ni asservie mais ont été des miroirs pour identifier mes défauts, certains penchants à la facilité ou aux effets. Comme le disait quelqu'un ici, je me suis parfois isolée, - au détriment de la vie sociale -, j'ai travaillé, raturé, trié, déchiré, recommencé et surtout épuré... J'ai gâché du papier, de l'encre, des rubans de machine, des feuillets de carbone, des disquettes, des cartouches d'imprimante, des générations d'ordinateurs et je gâcherai encore sans doute bien d'autres outils. Je suis passée par des périodes de latence, mais jamais de découragement. Écrire était une nécessité vitale. Et j'écrivais. J'écris encore et je crois que j'écrirai toujours. Il y a, dans l'écriture, quelque chose d'artisanal. On pétrit la pâte de la langue, comme un potier la glaise. On lui donne forme. Une forme de plus en plus personnelle, identifiable. On se nourrit pourtant aussi de la langue des autres, - de ceux que l'on admire ou dont on se sent proche - en la faisant sienne, par la lecture, le cinéma, la photographie, la peinture... Puis, on laisse décanter ou mûrir. On abandonne parfois, un temps, le texte dans un tiroir. On prend de la distance. On attend. On espère. On absorbe la vie, le monde, les gens, les paysages, les lumières,les parfums, les couleurs, tous sens déployés. On s'immisce dans le bonheur ou le malheur de ceux que l'on côtoie. On devient "eux". Et ils deviennent à leur tour une facette de nos héros. On vit avec eux. On aime, on rit, on souffre avec eux. Puis, on se remet à l'oeuvre. Au bout du compte, on n'en sort pas indemne. Le but n'étant pas d'en revenir identique mais transformé, d'avoir atteint, en soi, cette part d'authenticité, sans doute universelle, qui nous relie aux autres, à ceux qui nous lisent et nous disent, parfois, que notre livre les a touchés, ou bouleversés, ou fait sourire, ou apaisés, qu'il les a aidé à grandir. Publier, c'est tout cela. Ce n'est pas seulement être "reconnu" par un éditeur, des critiques, un public, même si cette reconnaissance est aussi un moteur permettant d'aller vers de nouvelles émotions. C'est une escale après un long voyage aux épisodes joyeux ou pénibles mais en fin de compte heureux. C'est un partage. Pour en revenir à l'éditeur : il est notre premier lecteur. Chevronné par des centaines de lectures, il sait au bout de quelques pages si un texte mérite, au moins une réponse circonstanciée, au moins d'être retravaillé, sinon publié. Rares sont les manuscrits édités tels quels. Ce regard, cette distance, on ne l'acquiert pas par l'autocritique. Comme un coureur cycliste, on a le nez dans le guidon au sommet d'une côte que l'on pense avoir grimpée et qui requiert encore souvent quelques efforts supplémentaires. Cette comparaison n'est pas si décalée qu'il le semble. j'ai parlé un jour avec un ancien grand champion et nous utilisions le même langage. Nous évoquions la même notion de dépassement de soi. Et, dans le flot des ouvrages " à la mode", qui feront du "chiffre", je ne connais pas d'éditeur qui ne s'en veuille d'avoir laissé passer un manuscrit recelant cette démarche. L'erreur est humaine, même chez les éditeurs, qui savent d'ailleurs reconnaître les leurs. J'ai publié à ce jour de nombreux ouvrages. Mais, chaque fois que je me remets à écrire, je ne sais pas si ce que je fais atteindra ou non les lecteurs. C'est une remise en cause permanente. Et c'est peut-être cela qui m'anime: dépasser ce doute. Écrire comme si ma vie en dépendait. Avoir, certes, l'assurance d'avoir laissé quelques petite traces sur le chemin, - qui auront distrait, amusé ou ému les autres - mais surtout fouler d'autres terres, prendre de nouveaux risques, demeurer une éternelle débutante. J'espère ne pas vous avoir irrités, car ce message n'a rien de narcissique et je ne fais pas l'apologie du milieu éditorial. Certaines maisons sont plus difficiles d'accès que d'autres. Monsieur Laclavetine a refusé l'un de mes romans, très courtoisement d'ailleurs, en me laissant la porte ouverte pour que je lui en adresse un deuxième, plus en adéquation avec ses critères. Ce roman a trouvé un autre éditeur et il en aurait trouvé un troisième si je n'avais déjà signé avec le second. L'ouvrage m'avait demandé plusieurs années de recherches et de travail, avant d'être presque abouti et de nécessiter encore quelques retouches. Il poursuit, lui aussi, son chemin. À chacun de chercher le sien, avec l'opiniâtreté et l'humilité nécessaires. À chacun de s'y trouver soi-même. C'est ce que je souhaite à ceux qui espèrent, au-delà du son des trompettes de la renommée, dénicher- comme le disait l'un de mes écrivains préférés - la "perle" qui s'épanouit au fond de nous. Merci de m'avoir lue.
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Jan 13, 2010